lundi 29 octobre 2012

Printemps Arabe: des révolutions démographiques avant d'être démocratiques 

Et si les révolutions du “printemps arabe” avaient avant tout des racines démographiques ? C’est la thèse défendue par l’historien Emmanuel Todd dans un petit livre d’entretien réalisé avec l’équipe de l’émission « Arrêt sur image ». Il y développe un diagnostic posé quatre ans plus tôt dans un ouvrage rédigé conjointement avec Youssef Courbage et dans lequel, analysant les grandes données démographiques, il estimait que “loin d’être vouées à l’intégrisme et aux dictatures, les populations arabes sont entrées de plain-pied dans la modernité, où elles ont rejoint, sans que personne n’y prenne garde, les populations dites occidentales”. Une analyse optimiste à envisager toutefois avec beaucoup de précaution puisque l’auteur voit également dans la révolution islamique iranienne de 1979 l’événement précurseur des révolutions arabes actuelles… Autant dire que loin d’épuiser le débat sur ces événements, les observations d’Emmanuel Todd vont contribuer à le relancer, en soulignant toute la complexité des mutations actuelles…

Le rendez-vous des civilisations” : c’est sous ce titre qu’Emmanuel Todd et Youssef Courbage avaient publié, en 2007, un ouvrage dans lequel ils s’attachaient à contrer la théorie du “choc des civilisations” défendue par le politologue américain Samuel Huntington. À rebours de ce dernier, les auteurs affirmaient que les populations arabes étaient engagées dans une dynamique menant inéluctablement à la revendication de davantage d’autonomie et de liberté. Une thèse qui prend,bien entendu,un éclat particulier à la lumière des révolutions démocratiques qui secouent aujourd’hui le monde arabe et qui peut certainement nous aider à décrypter ces dernières sous un angle nouveau.

Quand l’alphabétisation débouche sur la révolution
En effet, pour prévoir de tels événements, les auteurs n’avaient nul besoin de dons divinatoires. Comme l’explique Emmanuel Todd, ils s’appuyaient “sur les données classiques d’une analyse historique qui oublie un peu l’économie”.Et de poursuivre : “le premier paramètre, le grand moteur du développement, l’axe central de l’histoire humaine,c’est de savoir lire et écrire”. Pour l’historien, l’augmentation du taux d’alphabétisation constitue nécessairement un ferment révolutionnaire car “quand on sait lire et écrire, on peut lire un tract, on peut même en écrire un, et la participation politique devient une procédure naturelle.”
L’étude de l’histoire confirme ce processus quasi-mécanique. “En Europe occidentale, cela s’est passé aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles. La Révolution française s’est produite quand 50 % des hommes du Bassin parisien savaient écrire. La révolution anglaise, un peu plus d’un siècle plus tôt,c’était du même ordre. La révolution russe, même chose.” Or, depuis plusieurs décennies, les pays arabes ont vu, à leur tour,leurs taux d’alphabétisation monter en flèche.

Maîtrise de la fécondité et explosion de liberté
Second paramètre déterminant : la maîtrise de la fécondité résultant elle-même de l’alphabétisation progressive des femmes. Car pour Emmanuel Todd, ce changement de rapport à la fécondité reflète et provoque une modification de la vision du monde qui vient se conjuguer avec les effets de l’alphabétisation. “Une société qui contrôle sa fécondité, c’est une société dans laquelle les rapports entre les hommes et les femmes sont modifiés. Et cette baisse de la fécondité se produit dans une société dans laquelle les jeunes apprennent à lire et à écrire.Vient donc le moment où les fils savent lire, et les pères non.Cela entraîne une rupture des relations d’autorité, non seulement à l’échelle familiale,mais, implicitement à l’échelle de toute la société.” D’où les difficultés inéluctablement rencontrées,dans ce type de situation, par des régimes politiques autoritaires voire dictatoriaux dont le mode de fonctionnement devient peu à peu insupportable à une frange croissante de la population. Si bien que, lorsque les institutions ne sont plus en phase avec les valeurs dominantes, les tensions se multiplient. Et si elles ne s’adaptent pas, c’est l’explosion !

Du substrat anthropologique à l’expression idéologique
Même si ce modèle global se vérifie universellement, il convient donc toutefois de prendre en compte l’impact des décisions politiques, mais aussi le poids des spécificités culturelles et des traditions locales. Emmanuel Todd souligne ainsi que la maîtrise de la fécondité crée des ruptures d’autant plus violentes dans le monde arabe qu’en son sein, le modèle familial traditionnel est celui de la famille endogame et patrilinéaire. Il faut donc introduire un troisième paramètre :celui des valeurs antérieurement contenues dans la famille. Illustration avec le cas de la Révolution française : “Les valeurs des paysans du Bassin parisien entre le Moyen âge et la Révolution définissent ce que j’appelle un système nucléaire égalitaire, une famille très individualiste, déjà tout à fait ‘moderne’,c’est-à-dire papa, maman et les enfants, partageant égalitairement l’héritage entre garçons et filles, exactement comme maintenant.” Si bien que “les valeurs révolutionnaires d’autonomie, de liberté et d’égalité préexistent dans la famille. Lors de la crise révolutionnaire, elles passent simplement de substrat anthropologique familial à une expression idéologique”.

Déclin de l’endogamie et aspiration à l’autonomie
Dans le cas du monde arabe, un troisième facteur semble donc devoir être pris en compte pour juger des mutations en cours : celui du taux d’endogamie. “L’idée générale, expose Emmanuel Todd, est que l’irruption de la démocratie, c’est l’irruption du citoyen, de l’individu libre dans l’espace public. Il y a beaucoup l’idée d’ouverture, de communication. Or, l’endogamie,c’est exactement le contraire : la fermeture du groupe familial.” Pour l’auteur, ce paramètre permet d’expliquer certaines “bizarreries historiques” comme la longévité étonnante du régime autoritaire tunisien malgré une fécondité déjà tombée à 2 enfants par femme en 2005 et une alphabétisation presque totale de la jeunesse. En effet, la société tunisienne se signalait par un taux global de mariages endogames encore fort élevé,même s’il s’est récemment mis à baisser dans les nouvelles générations. À l’inverse,si le taux d’alphabétisation n’est pas aussi élevé en Égypte, l’endogamie y a chuté de façon spectaculaire pour atteindre un niveau d’environ 15 % contre 25 %, vingt ans plus tôt. C’est pourquoi,selon Emmanuel Todd, “la société égyptienne est en train de se transformer d’une façon stupéfiante et qu’elle sera plus individualiste et libérale, quelle que soit la forme transitoire du régime politique”. Car bien sûr, il faut compter avec des phases de transition potentiellement chaotiques !

Inévitables troubles et tensions avant la stabilisation
En effet, il faut se prémunir de toute illusion : si – selon le modèle défendu parTodd – les données démographiques recueillies mènent mécaniquement à une libéralisation accrue des sociétés arabes, cela ne se produira pas nécessairement à brève échéance. Un exemple permet de prendre la mesure des périls : celui de la révolution islamique iranienne de 1979, dont Emmanuel Todd estime qu’elle préfigure celles du “printemps arabe” ! De quoi doucher notre enthousiasme…“Politiquement,écrit-il,l’Iran a simplement trente ans d’avance sur le monde arabe : le taux d’alphabétisation iranien a atteint le stade de 50 % dans la décennie qui a précédé le renversement de la monarchie en 1979.”Autant dire que la prudence est de mise lorsqu’il s’agit d’envisager les conséquences à court terme des révolutions démocratiques en cours dans le monde arabe. Pour Emmanuel Todd, “il ne faut pas avoir une vision irénique de la transition”. En effet les sociétés en mutation dans lesquelles les fils savent lire mais pas les pères,où les femmes gagnent en autonomie et où la sexualité est modifiée sont “certes des sociétés en marche vers le progrès,où l’efficacité économique va être plus grande,où tout est possible”. Mais ce sont aussi “des sociétés perturbées et qui perdent très souvent les pédales, où il y a de la violence”

Un bienfait du regard géopolitique : conjuguer distance et vigilance
Le monde arabe ne fait pas ici figure d’exception.Un petit détour par l’histoire de l’Europe l’illustre fort bien. “La Révolution française,vue d’aujourd’hui, est merveilleuse,mais si l’on additionne les massacres de Vendée et les guerres révolutionnaires, on arrive tout de même à un million de morts”,rappelle Emmanuel Todd. Si bien qu’il faut,selon lui, prendre garde à ne pas se placer en position de censeur quant aux progrès accomplis par les uns et les autres sur le chemin de la démocratisation. “Peut-être sommes-nous trop exigeants, peut-être avons-nous oublié à quel point toute cette transition a pris du temps en Europe ? Pour la Chine comme pour le monde arabe, peut-être sommes-nous frappés d’intolérance et oublions-nous que tous ces processus ont pris des siècles en Europe. Nous sommes aujourd’hui en position de donneurs de leçons mais la crise de transition allemande a tout de même produit le nazisme!” Autant d’observations et d’interrogations qui tracent, en filigrane, une ligne de conduite : tout en prenant du recul et de la hauteur de vue face aux événements en cours, il ne faut nullement faire preuve de naïveté. C’est là un bienfait du regard historique et géopolitique porté sur la marche du monde : la capacité à conjuguer distance et vigilance.

http://notes-geopolitiques.com/printemps-arabe-des-revolutions-demographiques-avant-detre-democratiques/#more-366

dimanche 28 octobre 2012

Contraction et convergence : la solution pour une croissance durable

2 avril 2009 . L'actuelle crise financière internationale n'est pas sans rappeler, de manière parfois frappante, les crises sociale et économique que les changements climatiques risquent de provoquer.
L'avidité a été pour beaucoup dans l'expansion rapide des marchés financiers au cours des deux dernières décennies ; la consommation determinée de quantités sans cesse croissantes de carburants fossiles émetteurs de dioxyde de carbone lui fait écho.

Dans les deux cas, la réglementation s'est avérée tristement inadaptée. La régulation des marchés financiers dans le monde n'a pas su prévenir  l'effondrement des marchés – de la même manière, les autorités de régulation de l'environnement n'ont parvenu à réduire les émissions de carbone.

Dans les deux cas, la responsabilité de la crise incombe principalement aux pays du monde riche et industrialisé. Cependant, ce sont les citoyens des pays pauvres qui vont en endureront les conséquences, qu'il s'agisse des pertes d'emplois ou la détérioration des conditions de vie.

Réformer, mais à quels fins ?


Réunis cette semaine à Londres
, les dirigeants des pays du G20 regroupant pays industrialisés et économies émergentes, ont promis de s'attaquer à l'aspect financier de cette double crise.

Un plan de réforme pour réguler le système financier international serait une mesure essentielle et encourageante pour limiter les dégâts économiques causés par l'avidité débridée de l'homme. Mais résoudre la crise financière en stimulant la demande pour les biens et services présente un risque majeur  cette stratégie ne représente en rien une solution à la crise environnementale causée par cette même demande.

Elle ne changera rien, par ailleurs, au fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres, fantôme qui continue de hanter le processus de mondialisation. Pour le combler, il faudra mettre en œuvre des mesures supplémentaires, et notamment affecter aux pays en développement une part équitable des ressources déployées pour la relance de l'économie mondiale.

Il faudra également s'assurer que la relance ne viendra pas réduire les budgets alloués aux programmes d'aide - le monde en développement subissant les effets d'une récession économique dont il n'est pas responsable, ces fonds s'avèrent plus cruciaux que jamais.

Pour une croissance durable
Au cours des prochains mois, le vrai défi pour les dirigeants du G20 sera de parvenir à mettre en place un nouveau système économique mondial, qui non seulement garantisse la stabilité financière, objectif affiché du sommet de Londres, mais aussi mette le monde sur le chemin d'une véritable croissance économique durable.

S'inspirant du New Deal des années 30 grâce auquel les Etats-Unis se sont tirés de la dépression, un collectif d'associations environnementales, caritatives, patronales et syndicales ont adressé la semaine dernière une lettre ouverte aux dirigeants du G20, dans laquelle ils estiment que  'le monde a besoin d'un New Deal qui soit 'mondial' et 'vert'.'

Aujourd'hui, le défi qui nous fait face est plus grand encore que dans les années 30. La résolution de la crise dépend en effet d'un message difficile à faire accepter par beaucoup de personnes dans le monde développé : les pays riches doivent consommer moins, précisément au moment où le monde en développement doit être autorisé à consommer plus.

Ce dilemme sera également au centre des prochaines négociations de Copenhague sur les changements climatiques, afin d'établir un accord pour succéder au Protocole de Kyoto. D'importantes réductions des émissions de carbone ne seront possibles que si le monde développé change de mode de vie ; mais on ne peut espérer que le monde en développement suive qu'à condition de lui autoriser le développement économique nécessaire pour se sortir de la pauvreté.

Le droit au développement

Des militants climatiques proposent pour solution un programme axé sur 'la contraction et la convergence'. Ils prônent une réduction dans la demande mondiale pour les technologies à forte intensité de carbone, tout en accordant aux pays en développement le droit de profiter des avantages de la croissance économique.

Pour les pays riches, cela signifie assurer qu'une bonne partie des mesures de relance soit affectée au soutien et au développement des industries durables - le Président Obama a déjà promis d'œuvrer dans ce sens.

Pour les pays pauvres, cela suppose ce même type de mesures, mais plus encore. Aucune tentative de réforme de l'économie mondiale fondée sur l'équité sociale et la stabilité politique ne saurait ignorer les nombreux besoins sociaux, énumérés en partie dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Reste à espérer que l'accord conclu par les dirigeants du G20 cette semaine à Londres reflète l'existence d'un engagement de la communauté internationale à mettre en place une plateforme financière solide, capable d'instaurer une nouvelle ère de croissance économique qui mette à contribution l'innovation des hommes, tout en limitant leurs excès.

Mais cette nouvelle ère ne doit ni répéter ni perpétuer les erreurs du passé. Résoudre la crise financière est une nécessité, mais ce n'est pas suffisant.  Il faut aussi relever les redoutables défis politiques inhérents à la réalisation d'un développement équitable et durable.

David Dickson,
Directeur du Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).


http://www.scidev.net/fr/editorials/contraction-et-convergence-la-solution-pour-une-cr.html

vendredi 26 octobre 2012

La faim dans le monde, alibi pour le développement des OGM

La faim dans le monde, alibi pour le développement des OGM
Alors que le Comité de sécurité alimentaire (FAO) se tient à Rome cette semaine, des agronomes et des spécialistes affirment que les OGM ne sont pas une solution pour nourrir l'humanité.

Par François Affholder, Chercheur et agronome au Cirad (Centre de coopération internationale et de recherche agronomique pour le développement), Nicolas Bricas,chercheur et chargé de mission sur la sécurité alimentaire au Cirad, Benoît Daviron, chercheur en économie politique au Cirad, Eve Fouilleux, directrice de recherches au CNRS
 
Les débats suscités par la récente publication de Séralini et ses collègues ont été l’occasion de présenter les OGM comme une solution potentielle à la faim dans le monde. En tant qu’agronomes et spécialistes des questions de sécurité alimentaire, nous ne pouvons pas laisser croire que les OGM sont la voie pour nourrir l’humanité, fut elle de 9 milliards d’individus en 2050, voire 12 milliards dans les scénarios les plus pessimistes.
 
Au premier rang des avantages attendus des OGM est mise en avant leur potentielle contribution à l’accroissement de la production. Cela soulève une première question : le problème de la faim dans le monde est il vraiment un problème de production insuffisante ?
 
Comme l’ont montré de nombreux travaux sur l’insécurité alimentaire, le problème est d’abord celui de l’accès à l’alimentation par les individus, c’est-à-dire l’accès à la terre ou à des revenus, et une question de démocratie, bien avant d’être un problème de quantités produites. Les niveaux de production actuels sont déjà suffisants pour nourrir la planète. L’équivalent de 4 972 calories par habitant est produit par jour en moyenne dans le monde sous forme de productions végétales, mais seule environ la moitié (2 468 calories par jour et par habitant en moyenne) arrive dans les assiettes des consommateurs du monde. Une très grande partie des quantités produites est utilisée pour nourrir les animaux d’élevage intensif, transformées en biocarburants ou encore gaspillées, que ce soit après la récolte, dans les supermarchés, ou au sein des foyers (1).
 
Une deuxième question surgit : les OGM sont-ils une solution pour produire davantage dans les pays concernés par l’insécurité alimentaire ?
 
Les observations dans les champs des agriculteurs des pays en voie de développement montrent que les rendements obtenus ne sont pas limités par les caractéristiques des espèces et des variétés qu’ils cultivent, mais d’abord par leur faible recours aux fertilisants organiques et minéraux. C’est souvent ce manque de fertilisation qui favorise l’infestation des cultures par les mauvaises herbes et les rend sensibles aux maladies. Il serait ainsi déjà possible d’augmenter ces rendements, en mettant simplement en œuvre les principes classiques de l’agronomie : gestion de la fertilité des sols et des successions de culture. On pourra même aller plus loin dans l’amélioration des rendements avec une meilleure maîtrise du fonctionnement intime des écosystèmes cultivés, en tirant profit notamment des synergies qui peuvent exister entre espèces biologiques, au service d’une production économe en fertilisants et pesticides. D’autres marges de manœuvre sont également importantes dans la maîtrise de l’eau ou dans l’amélioration des conditions de stockage post-récolte.
 
Troisième question : si des technologies existent déjà pour augmenter les rendements dans ces régions, pourquoi ne sont-elle pas mises en œuvre dès maintenant par les agriculteurs pauvres ? Parce qu’ils sont pauvres, justement, et qu’ils ne disposent pas du minimum de moyens pour investir dans la fertilité de leurs sols, dans des aménagements pour mieux tirer parti de l’eau, dans des moyens de stockage plus performants. Plus généralement, ils ne disposent pas de la capacité financière qui les autoriserait, comme le font les agriculteurs des pays industrialisés, à viser des objectifs de production élevés, rémunérateurs à condition de pouvoir se prémunir contre les risques que ces objectifs impliquent. Les marchés qui leur sont potentiellement accessibles ne rémunèrent pas suffisamment ou de manière trop incertaine leur travail ou leurs investissements pour avoir un effet incitatif. De plus, l’accès au crédit leur est le plus souvent difficile, voire impossible.
 
Enfin, les solutions mentionnées ici verraient sans doute leurs effets renforcés par la diffusion de variétés de plantes améliorées, mais là encore, d’autres techniques que les OGM sont disponibles. Des variétés améliorées par sélection et/ou hybridation «classiques», qui peuvent être associées à des changements des systèmes de culture, peuvent permettre d’augmenter la production. Bien qu’elle paraisse démodée aux yeux de certains, l’amélioration semencière classique présente un double avantage : elle est plus accessible à la plupart des pays du monde et plus flexible pour adapter les plantes cultivées à la multitude des contextes locaux.
 
Rien n’indique donc que nous ayons besoin des OGM pour alimenter le monde. En revanche, nous avons besoin de prendre le temps de la recherche pour en peser les avantages, les inconvénients et les risques, et de poser plus clairement la question des contextes économiques, politiques et sociaux dans lesquels ces nouvelles technologies sont mobilisées.
 
(1) Source: Dorin B., 2012. Actualisation pour 2007 des estimations publiées dans Paillard S., Tréyer S., Dorin B. (Dir.), 2010. Agrimonde: scenarios et défis pour nourrir le monde en 2050, Quae, Versailles. 



 
Tribune du 18 octobre 2012 sur www.liberation.fr
 
 http://lesvertsdebagnolet.over-blog.com/article-la-faim-dans-le-monde-alibi-pour-le-developpement-des-ogm-111409350.html

Un réseau international de fondations: un chemin vers l’innovation sociale & la transformation sociale

Réflexions relatives au développement d’un "réseau international de fondations pour l’innovation sociale" : une tribune d’Alain Philippe.
Rassembler des Fondations : pourquoi ?
Dans le paysage socio-économique actuel, les fondations ont une place et une vocation particulières. Elles ont, pour la majorité d’entre elles, le devoir de servir l’intérêt général.
Ce dessein les contraint à sortir d’une approche égocentrique, assez répandue dans le monde des entreprises - et ce, quel que soit leur statut - pour s’ouvrir à des réalités sociétales en constantes évolutions du fait des mutations profondes que notre monde connaît désormais.
Elles ont, les fondations, cette capacité particulière à pouvoir, pour le plus grand nombre d’entre elles, se détacher des contraintes commerciales ou industrielles qui conditionnent, généralement, le comportement des acteurs économiques, pour privilégier des stratégies relevant d’une réalité philanthropique au service d’un objet social qui leur est propre.
Elles peuvent avoir aussi la volonté de marquer, au-delà de leur objet statutaire ou par l’intermédiaire de celui-ci, leur engagement sociétal par le soutien à des initiatives citoyennes, porteuses de valeurs humanistes universelles.
Ces fondations-là, et quelles que soient leurs filiations, entendent favoriser leur implication sur le champ social, précisément par une lecture humaniste de l’économie.
Ce sont elles qui forment le "bataillon" des fondations pour lesquelles l’innovation sociale représente un moyen efficace pour apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux mal ou non satisfaits.
Même si, en France, les fondations, dîtes de l’économie sociale, sont généralement filles de mutuelles ou de coopératives, même si au niveau de l’Union Européenne toutes les fondations appartiennent de fait, à l’économie sociale, le périmètre que ce projet de réseau international entend couvrir est bien celui des fondations qui entendent se regrouper aux fins de promouvoir, au-delà d’un objet social propre, des principes, des pratiques, des valeurs, des expériences, des projets, des initiatives, à forte connotation sociale et inspirés de la philosophie humaniste chère aux pères de l’économie sociale du 19ème siècle.
Ainsi, la filiation avec une entreprise de l’économie sociale n’est pas, pour une fondation, un sésame lui permettant de postuler de droit au réseau. Son volontarisme social, son engagement sur le volet environnemental, son combat contre la pauvreté ou les inégalités, sa capacité à agir pour le développement harmonieux et durable d’un territoire, sa volonté de construire l’avenir avec d’autres sont, par exemple, des critères beaucoup plus déterminants, pour traduire un réel parti pris en faveur de l’innovation sociale.
Le projet n’envisage donc pas de constituer un réseau pour agir au service de ses membres, et donc pour servir une quelconque démarche corporatiste, mais bien un réseau dont les membres s’accordent pour porter un projet collectif, même s’il ne concerne qu’une petite partie de leur activité et de leur stratégie et même si les implications respectives des fondations se font "à géométrie variable", c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire que toutes soient parties prenantes des programmes ou activités déployés au sein du réseau.
Un réseau international : pour quel objectif ?
La volonté de construire un réseau s’appuie sur l’adage éminemment classique que "l’union fait la force" ! Derrière "réseau", il y a les notions de pluralité, d’engagement collectif, de rencontres, d’échanges, de partage, de solidarité, de transfert, d’essaimage…
L’ouverture internationale est, elle, portée par le fait objectif que les enjeux de notre société sont dorénavant mondiaux et que nos périmètres nationaux de réflexion et d’action, voire nos périmètres continentaux, ne correspondent plus ou quasiment plus, aux réalités sociétales auxquelles nous avons à faire face ou que nous devons accompagner. Ces réalités-là ne s’arrêtent généralement plus aux frontières !
L’internationalisation des relations, des échanges, des programmes, permet précisément l’expression de la pluralité des idées, des expériences, des recommandations nées de problématiques territoriales et invite à s’inspirer du schéma de pensée et de la vision développée par d’autres pays, d’autres cultures, d’autres humains.
Un réseau vivant et agissant !
Si le fondement du projet de développement d’un réseau part d’une réflexion théorique, sa pérennité s’entend grâce à une déclinaison opérationnelle ambitieuse et dynamique.
Le premier acte de sa constitution passe, certes, par la mobilisation des Fondations susceptibles de le rejoindre et ce, en amont de l’élaboration d’une stratégie finalisée, cependant, il convient que les premiers acteurs rassemblés s’emploient à déterminer quelques pistes opérationnelles, de sorte de ne pas rester prisonniers du champ des incantations et de passer sans tarder à celui de la démonstration par l’exemple.
Les expériences, les initiatives, les retours, des Fondations fondatrices servent en cela de terrain expérimental, et sur ce plan, les projets susceptibles d’être dupliqués ne manquent pas.
Qu’il s’agisse de ceux relevant du domaine social, par la lutte contre la pauvreté comme le projet de l’Accorderie à Québec et maintenant en France, comme celui aussi des fondations d’Amérique centrale/Caraïbes, qu’il s’agisse des interventions en milieu éducatif de la Fondation pour l’Education à la Coopération et à la Mutualité à Lévis (Québec), qu’il s’agisse également de ceux concernant les questions de prévention et de protection de l’enfance et de la jeunesse, comme les actions portées par les Fondations Chagnon de Montréal ou P&V de Bruxelles, qu’il s’agisse encore de projets relevant du développement durable ou de l’agro-agriculture à des fins vivrières tels ceux soutenus par la Fondation de la Banque du Brésil, ou des solidarités Nord-Sud, ainsi que s’y engagent les Fondations Socodévi dont le siège est à Bruxelles (Belgique), forme le premier cercle, le premier point d’ancrage du réseau, bien qu’il soit lui-même en devenir puisqu’il est en train de se transformer en Pôle Euro-méditerranéen pour répondre aux aspirations évoquées ci-dessus et aux attentes des fondations des pays du nord de l’Afrique, alors que le Pôle québécois des fondations pour l’innovation et la transformation sociale s’est lui constitué de façon informelle en 2009 et est en passe de se structurer organisationnellement, la stratégie adoptée pour développer le réseau a été celle de la constitution de cercles fondateurs, par zones géographiques : Europe, Amérique du Nord, Amérique centrale, Amérique du Sud, Afrique sub-saharienne, Asie.
Ainsi, existe-t-il aujourd’hui, quatre Pôle de Fondations pour l’innovation sociale : Euro-méditerranéen, Québécois, Centroaméricain/Caraïbes, Américain du Sud.
Dans chacune des zones, s’est détaché une Fondation ou un collectif de Fondations qui a assumé avec volontarisme le rôle de cheville ouvrière, de pilote.
Telle une première pierre dans la construction de ce dessein commun, s’est tenue, en octobre 2010, à Montréal, la 1ère Rencontre Internationale des Fondations pour l’innovation Sociale. La seconde rencontre s’est déroulée, en novembre 2011, à Chamonix (France), en marge des 5èmes Rencontres du Mont-Blanc, le Forum Mondial des Dirigeants de l’Economie Sociale.
Notre réseau existe dorénavant, tâchons de faire en sorte qu’avec comme toile de fond la volonté d’être au service de l’intérêt général et du mieux vivre pour nos contemporains, nous puissions, ensemble, faire prendre le ciment du lien qui, au-delà des frontières, au-delà de notre diversité, au-delà de nos objets sociaux propres, au-delà de nos moyens financiers, nous unit.
Alain Philippe,
Président de la Fondation Macif
http://www.lelabo-ess.org/?Un-reseau-international-de